La dictature de l’émotion

Marche blanche

Les émotions font couler beaucoup d’encre et nous sommes dans une société qui a tendance à les valoriser. Derrière ce terme émotions se cachent plusieurs mots : affects, sentiments, passions ; tantôt on les recherche, tantôt on les fuit, on les oppose souvent à la raison, on cherche à les canaliser par toutes sortes de méthodes car lorsqu’elles s’expriment de façon disproportionnée elles sont génératrices de maladies et de désordres. En effet, il n’y  pas qu’à titre individuel que l’émotion peut faire des dégâts mais aussi à titre collectif, je pense à 3 cas en particulier  :

  • Lorsqu’elle prend le pas sur la réflexion et nous fait perdre le contrôle de nos actes (dans certains procès ou la population s’implique trop)
  • Lorsqu’elle maintient dans un état de passivité alors que nous devrions êtres dans l’action (cas des marches blanches)
  • Lorsqu’elle incite au trouble, au désordre (c’est le cas de la colère et ses dérivés comme la violence, la vengeance)

C’est le constat que fait une journaliste du “Monde Diplomatique”, Anne-Cécile Robert dans son livre “la stratégie de l’émotion” . Son propos m’a paru intéressant et comme je suis assez d’accord avec elle, je vous livre ce que j’en ai retiré.

Les émotions ont tendance à être de plus en plus envahissantes et nous font perdre la raison, on le voit dans certains procès ou l’emballement de l’opinion fait d’une personne tantôt une victime, tantôt un coupable (ou l’inverse) et peut perturber ou influencer les enquêteurs et les juges dans l’exercice de leurs métier. Je pense notamment à l’affaire du “petit Grégory” qui a fait l’objet d’une récente émission télévisée très émouvante. Après moulte rebondissements, on voit la foule attendre devant le domicile de Christine Villemin, la mère, pour la condamner avant même qu’elle soit jugée. Anne-Cécile Robert cite d’autres affaires plus récentes ou les victimes sont portées aux nues alors qu’elles ne sont pas toutes blanches et vice versa. Certains accusés ont la faveur des jurés parce que leur avocat ou les médias ont su jouer sur la corde sensible de l’émotion. Tout cela reflète le côté moralisateur de notre société qui voit ou tout blanc ou tout noir et qui porte des jugements en fonction de cette vision binaire. Les gens se sentent obligés de commenter le moindre fait divers même s’il est anodin, il faut un avis sur tout, tout de suite. Les médias et les  réseaux sociaux ne font qu’amplifier le phénomène ; on mélange tout, il n’y a plus de hiérarchie ni de degré entre les attentas, un banal accident de la route, un enlèvement, un enterrement, une manifestation……..On le voit bien sur FACEBOOK et TWEETER, les gens se précipitent au moindre post qui les fait réagir et se défoulent derrière leur écran : “on tweete, on gazouille, on balance. Se dégradent le sens critique, la culture, la recherche de la vérité”.

Les passions et les raisons doivent se nourrir de façon équilibrée mais bien souvent le sentiment l’emporte sur la raison, c’est le ressenti qui prime. Dans les thérapies on nous dit qu’il faut apprendre à écouter nos ressentis, nos intuitions, certes, mais il faut savoir les contrôler, il faut savoir prendre du recul et ne pas laisser l’émotion dicter sa loi.

L’émotion peut aussi nous inciter à suivre des mouvements de foule sans réfléchir, dans lesquels on ne se serait peut être pas engagé. La journaliste cite le cas des marches blanches qui font penser à des processions avec un côté un peu mystique et ostentatoire, qui sont une manière d’extérioriser ses souffrances. Il n’y a là rien de mal, bien sûr, le problème selon elle, c’est que ces mouvements nous maintiennent dans la souffrance et entretiennent un fatalisme qui n’amène à rien. Pendant ce temps, pendant qu’on se lamente, on ne réfléchit pas et les politiques en profitent pour nous manipuler. “Pendant ce temps, les vrais décisions ne se prennent pas et on dérive lentement”. Les politiques savent aussi très bien jouer la carte du sentimentalisme ; ils se laisse prendre en photo à côté de la classe populaire, de manifestants, ils s’indignent d’un évènement tragique mais ne font rien pour changer la situation. “On nous fait croire à un semblant d’humanité face à la misère, à la violence, aux inégalités, on nous autorise à souffrir en silence, mais en attendant les choses ne change pas ; ce fatalisme a quelque chose de dérangeant.”

L’émotion peut avoir un effet positif pédagogique comme le mouvement des “gilets jaunes” qui a fait boule de neige et s’est étendu à d’autres pays. Le risque est que des personnes mal intentionnées l’utilise à des fins détournées comme on peut le voir dans le contexte actuel avec toute la violence que cela engendre ce qui nuit au débat social et incitent certains politiques à n’y voir plus que de l’émotionnel et oublier les revendications d’origine. Anne-Cécile Robert nous conseille de garder la tête froide et de conserver notre faculté d’analyse, de partage, pour retrouver la maîtrise de notre destin, de ne plus subir mais construire un avenir meilleur pour tous.

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