la justice sociale pour la Paix

Je viens d’écouter une conférence donnée par Bernard Thibault en 2018 sur la justice sociale et j’ai eu à coeur de faire un post sur ce sujet car pour moi la justice est une condition essentielle pour VIVRE MIEUX, pour vire en PAIX.  Ancien représentant  syndical de la CGT  et élu de l’OIT (ORGANISATION INTERNATIONALE DU TRAVAIL), il est bien placé pour nous en parler. L’OIT est une agence de l’ONU qui a été récompensée par le prix NOBEL de la paix en 1969. Cette organisation a été créée après la 1ère guerre mondiale, en 1919 suite à une prise de  conscience qu’il fallait mettre de l’huile dans les rouages des rapports sociaux. Sa mission est de promouvoir la justice sociale de par le monde ; elle est composé de 3 collèges (ETATS, employeurs, représentants des travailleurs) qui ont la responsabilité d’élaborer des normes sur tous les sujets concernant le travail ce qui est très vaste, et de vérifier qu’elles sont appliquées.  L’exercice est compliqué car il ne s’agit pas que d’élaborer des normes mais aussi de convaincre chacun des états de ratifier ces conventions et de les appliquer dans leurs propres pays.

Le droit des salariés

Dans sa conférence Bernard Thibault cite une phrase essentielle qui  figure au texte de la constitution de l’OIT (donc qui date de 1919) et qu’il faudrait remettre au goût du jour car malheureusement il semble que nous piétinons au niveau social. « Une paix universelle et durable n’est concevable que sur la base d’une justice sociale ».  Les expériences du passé ne semblent pas servir de leçon car nous sommes loin de cette paix sociale, de la paix tout court. Suite à la crise de 1929 qui a fait explosé le chômage, le désarroi, la précarité, la misère, les Etats ont pourtant écrit en 1944 qu’il “fallait privilégier les aspects humains et sociaux sur les considérations économiques et financières” mais on s’en est beaucoup éloigné car on constate plutôt le contraire aujourd’hui. Au niveau social mondial la majorité des travailleurs exercent dans un cadre informel et la moitié des travailleurs sont sans couverture sociale, ou sans contrat de travail, sont exploités alors que la planète n’a jamais généré autant de richesse : 74% n’ont pas de protection sociale, 12% des chômeurs seulement sont indemnisés…….du coup les pays qui bénéficient de protection sociale sont considérés comme des privilégiés et donc en minorité et se sentent presque obligés de revoir des droits à la baisse car ils sont en décalage avec la tendance mondiale. Ce qui semble l’emporter c’est l’absence de norme et cela remet en cause les droits acquis dans les autres pays (droit a la retraite, à l assurance maladie, aux prestations familiales) et on tente de convaincre les populations d’y renoncer. Bernard Thibault parle de guerre sociale car cette mise en concurrence des pays provoque chaque année dans le monde des décès (plus de 2Millions) du fait du travail (accident, maladies, burn out, suicides) et cela ne semble pas une préoccupation importante pour les Etats. Cette économie mondiale va jusqu’à bafouer les droits humains fondamentaux (droits des enfants, esclavage) alors que c’est totalement proscrit dans les textes. Ces infractions génèrent des milliards  de profits illégaux au détriment du respect de ces droits fondamentaux. Dès lors qu’on parle de compétitivité, la compétitivité est faussée puisque les droits ne s’appliquent pas de la même façon dans tous les pays.

La loi des multinationales

Dans la marche de l’économie sociale aujourd’hui, ce sont plutôt les multinationales qui font la loi et non plus les Etats. Or, un emploi sur 4 dépend des stratégies des multinationales qui rayonnent sur plusieurs pays ou continents et qui ont une puissance financière bien supérieure au budget de certains Etats (comme APPLE). Donc pour améliorer la justice sociale, il faut non seulement intervenir au niveau des Etats hors la loi mais aussi envisager des procédures de sanction de ces multinationales surtout si elles sont en infraction par rapport aux droits fondamentaux. Il faut donner à l’OIT un champs d’intervention plus large. En France par exemple certaines entreprises ont un devoir de vigilance sur leurs filiales à l’étranger. Alors que l’économie se développe et que les pays se font compétition pour attirer les investisseurs, on piétine voire même on recule dans le domaine social. Dès lors qu’on est dans une économie qui recherche une rentabilité  financière et non pas une justice sociale, on en arrive à des catastrophes (exple on n’hésite pas à mettre en danger des ouvriers en les faisant travailler dans des conditions hors normes tout ça pour  augmenter les marges). La seule obligation faite aux entreprises est un devoir de vigilance pour surveiller leurs sous traitants mais cela n’est pas suffisant. D’ailleurs on ne parle plus de “progrès social”. On utilise le mot « réforme » qui n’a pas la même connotation. la France est un des pays ou les droits sociaux sont les plus développés et sert de référence, de repère aux autres pays ; cela ne s’est pas fait par hasard, certains ont lutté pour cela. Donc nous avons beaucoup à perdre par rapport à d’autres pays qui sont très en retard. S’il apparait qu’en France on remet en cause certains droits, cela va faire boule de neige sur les autres pays et risque d’affaiblir les droits des travailleurs dans le monde. C’est pour cela que les questions sociales françaises sont très suivies au niveau international. Les droits sociaux français ont une portée internationale. C’est aussi pour cela que certains continuent à se battre pour les conserver et les faire respecter. J’avoue que je n’avais pas conscience de ces enjeux.

Un déséquilibre des forces et des inégalités croissantes

Les Etats ont crée l’OIT pour protéger les droits sociaux des travailleurs, ils ont aussi créé le FMI comme outil pour prêter de l’argent aux pays qui en ont le plus besoin. Ces prêts ne sont pas sans contrepartie et ces derniers sont parfois en infraction au Code International du travail  (baisse des pensions des retraités par exple comme en Grèce). La pression financière domine et les Etats préfèrent se mettre en infraction et sacrifier le côté social pour lequel ils ne sont pas sanctionnés. Entre pays européens, il peut y avoir une centaine de conventions différentes pour défendre les travailleurs, il faudrait une uniformisation. Il faudrait aussi que les décisions soient débattues et non pas l’appartenance d’un seul homme ou d’une poignée d’hommes de façon unilatérale et sans possibilité de négocier , ce n’est pas démocratique et ne fait qu’augmenter les tensions. IL devrait y avoir des débats publics et contradictoires avec tous les intéressés en présence.  Pas facile à mettre en place, on l’a vu lors des négociations avec les gilets jaunes et les “grands débats”. Bernard Thibault disait en 2018  que la guerre sera sociale, c’est déjà le cas et moi je dis que la crise est spirituelle, c’est un autre sujet mais qui rejoint la question sociale car la question spirituelle touche à ce qu’il y a de plus précieux, de plus sacré chez l’homme et à mon sens ce n’est pas le profit, l’argent, le pouvoir, les biens matériels, mais le respect, la dignité, la paix, la justice, le droit au bonheur pour tous. Si on enlève à l’homme sa dignité il n’est plus rien. Il faut travailler à une société plus juste dans la mesure ou elle permet à chacun de voir ses besoins primaires satisfaits sans avoir à lutter au péril de sa vie. Si on veut éviter cette crise, la société ne pourra subsister que si les consciences changent ; la politique va devoir s’adapter et devenir un endroit ou on discute ensemble de quelle manière  on voit et on vit la vie et non pas de quelle manière on fait marcher l’industrie, l’économie ou  ou la finance.

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Réintroduire l’humain

Ce qui fait que l’économie se sclérose, que des  entreprises ferment que les politiques ne soient plus crédibles c’est qu’il n’y a pas suffisamment de part humaine. Il y a certes des hommes brillants, compétents dans un certain domaine, des hommes qui ont des idées, des projets, qui savent gérer, il y a un des découvertes et des avancées technologiques, mais tout cela manque terriblement d’humanité. Tous ces hommes n’agissent pas pour l’évolution de l’homme mais pour le profit, leur égo ou dans un but un peu flou. Donc forcément un décalage et un phénomène de lassitude  se créent, les hommes qui ne trouvent plus de sens en ce qu’il font se mettent en colère, descendent dans la rue et détruisent. Alors que si on intègre une partie humaine à l’intérieur de leur métier, si on donne  aux employés la possibilité de prendre plus d’initiatives, d’être plus créatifs, de participer aux réunions importantes et à la gestion, ils se sentiront plus responsables de la santé de leur entreprise et cela rééquilibrera les pouvoirs. Aujourd’hui tout est dans les mains de ceux qui prennent les décisions en tant que grands employeurs, que ce soit au niveau de l’entreprise ou au niveau de la politique, ils détiennent le pouvoir et ne sont pas prêts à le lâcher car si je deviens créatif, responsable, gestionnaire ou du moins si on me rend des comptes, on ne peut plus me raconter n’importe quoi, me manipuler, me diriger, je n’ai plus besoin des politiques et ils le savent très bien. Alors plus d’humanité et de communication, ce n’est pas tout à fait pour demain mais il faut être vigilants et ne pas élire n’importe qui.

Focus sur l’actualité : le cas du CHILI comme prise de conscience

Ce qui se passe au Chili est très révélateur d’un profond malaise et sentiment d’injustice qui règne actuellement dans le monde au niveau social même su chaque pays a son histoire, il n’empêchent que les revendications portent toutes sur le souhait et le besoin d’un minimum vital de bien être social ce qui semble louable. Lorsqu’on sait qu’un tiers des richesses est détenu par 1% de la population (les 7 familles les plus riches du Chili) .

Emeutes au Chili

Je vous rappelle la situation : en Octobre dernier , soulèvement du peuple chilien suite à l’annonce de la hausse du ticket de métro. Cette hausse a provoqué le feu au poudre et représente la main du capitalisme : les chiliens ne se battent pas pour un ticket  de métro mais pour vivre dans la dignité et non pas simplement survivre. C’est très révélateur du climat ambiant un peu partout dans le monde. Il est vrai qu’on ne peut comparer la situation économique du Chili avec celle de la France, ni son histoire. Le Chili a une économie libérale qui a choisit à un moment donné de privatiser la plupart des services publics (enseignement, santé, transports, eau, électricité système de retraite par capitalisation ) ; or ceux-ci sont devenus inaccessibles   même aux classes moyennes qui  ont été obligés de s’endetter pour faire face au coût de la vie. Certaines familles achètent même leur nourriture à crédit. On comprend que ce système n’est pas viable ni même acceptable. Aujourd’hui les chiliens s’attaquent aux symboles de la société de consommation.

Le cas du Chili  qui était un pays plutôt stable économiquement et politiquement montre bien que ce système sociétal a atteint ses limites et qu’il est grand temps de faire des réformes pour le bien et l’intérêt des individus et non contre l’individu. Il est temps que justice sociale rime avec égalité (et non uniformité) : égalité des chances ( accès à l’éducation choix du travail, accès au soins), droit à la dignité (ne pas mourir de faim, ne pas devoir vivre dans la rue, avoir un confort minimum). Car il ne s’agit pas de vouloir la justice uniquement pour me protéger de la peur d’être volé, attaqué, insulté, pour que mes plaisirs soient assurés Il ne s’agit pas de cette justice là. IL s’agit d’un changement profond des conscience, un changement de paradigme ; c’est peut être utopique mais pour moi c’est le seul moyen de parvenir à un monde plus juste et humain.

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